Adji Sarr/Sonko : “les touristes et investisseurs fuient le Sénégal” (Stéphane Ndione)

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Stéphane Ndione, spécialiste des Relations Internationales, enseignant dans de nombreuses universités au Sénégal, se livre à une analyse de l’actualité de façon panoramique, dans Sunubuzz.

 

En tant que spécialiste des relations internationales, quelle appréciation faites-vous des récents événements qui ont secoué le pays ?

Une situation qui peut se passer dans n’importe quel pays du monde même les Grandes puissances à l’image de la France, des USA, la Chine ont connu des manifestations sous diverses causes.

Pour le cas du Sénégal, il ne s’agit ni d’une révolution ni d’un soulèvement populaire. Si cela était le cas, nous aurions des débouchés comme la démission du Président de la République, le renversement du pouvoir ou encore une tension interne d’instabilité comme ce qui s’est passé en Libye, au Mali, au Burkina, etc.

Le peuple avait juste utilisé ses hectares de droits démocratiques consacrés par la Constitution pour exprimer certains problèmes liés à la conjoncture économique et sociale du pays. Et c’est légitime comme dans tout pays démocratique.

Comment appréhendez-vous les rapports diplomatiques du Sénégal et le reste du monde ? Sont-ils plus corsés en cette période, à cause des événements ?

Le Sénégal a toujours entretenu de très bonnes relations diplomatiques avec les pays du monde et ses partenaires techniques et financiers. C’est ce qui lui a valu de siéger récemment de 2016 à 2017 au Conseil de sécurité des Nations, de présider le Conseil des Droits de l’homme à l’ONU, d’être souvent convié aux sommets internationaux comme le G.20, d’accueillir plus de 34 agences et bureaux sous-regionaux du système des Nations-Unies. Cette Organisation mondiale qui l’accompagne dans le cadre du Plan Sénégal Émergent comme une PTF à travers le PNUAD.

Durant les événements, la communauté internationale avait réagi par des appels au calme et une gestion pacifique des manifestations. Le Sénégal, une référence démocratique en Afrique, c’est normal que le reste s’intéresse sur ce qui se passe dans ce pays et heureusement que tout est revenu à la normale. D’abord, une probabilité n’est pas écartée sur la ” dégradation ” de ses rapports économiques et commerciaux surtout en ce qui concerne la perte de potentiels Investissements des Grands États qui projetteraient à les faire dans ce pays compte tenu de la situation sécuritaire

Ensuite, les risques de hausse des intérêts sur les prêts alloués par les Institutions financières qui pourront porter préjudice au Sénégal. Enfin, la destination ” Sénégal n’attire plus dans le domaine touristique et d’autres alternatives vont concourir au choix des pays voisins pour ce qui est de l’environnement des affaires.

Le Sénégal est épinglé par deux ou trois rapports en matière des droits de l’homme ? Selon vous qu’est-ce qui peut être l’origine de ça ? Cela n’est-il pas en rapport avec son refus de

Vous savez les rapports ont des origines différentes. Ils sont nombreux et on peut citer les rapports des agences de développement et de coopération des grandes puissances, des Institutions Internationales comme le FMI, la Banque Mondiale, des représentations Onusiennes, les ONG comme Amnesty International, Human Right Watch, Transparency International ou bien les agences de notations, la Fondation Mo Ibrahim. Selon leur domaine d’intervention et les exigences actuelles de la démocratie et de ses corollaires, les pays sont notés sur la base de leurs politiques liées en la matière.

Maintenant le ” pourquoi il est épinglé ”, nous pouvons l’appréhender sur le fonctionnement par exemple des Organisations internationale et des réalités socioculturelles des États membres qui y contribuent plus orientant ainsi la destination de leurs participations financières. C’est ce qui démontre les fortes sommes injectées dans les programmes éducatifs, de protections des droits humains ou encore de la corruption. Ce sont qui dictent qui la conduite à prendre et pressent les pays pauvres à adapter leur gouvernance en corrélation aux tendances actuelles où l’Homme et l’humanité sont au cœur des relations internationales. Et donc, de par la complexité des réalités sociales et la forte prédominance de la religion, l’application de certaines recommandations et conditionnalités de ces instances internationales par les États africains ne produit pas souvent de résultats escomptés.

Au Sénégal, il existe toute une panoplie de textes juridiques internationaux sur les droits humains mais la culture sénégalaise et ses croyances religieuses constituent un frein à l’émergence d’une nouvelle forme de mentalité et à la légalisation de l’homosexualité.

Récemment avec les manifestations, on a appris que des forces occultes ont pu entrer dans le pays. Est-ce juste une façon de faire peur les manifestants ?

Nous sommes dans une sous-région où la porosité des frontières, l’avancée du terrorisme et les instabilités sont extrêmes. Les forces occultes peuvent bel et bien être une réalité au Sénégal. Ce qu’il faut savoir c’est le Ministre de l’Intérieur est dans les dispositions de détenir toutes les informations sur la sûreté dont il a besoin. S’il avance la présence de forces occultes aux récents événements, nous pouvons le comprendre à travers les instabilités politiques qui sont survenues dans la sous-région mais aussi les nouvelles projections du pays avec la malédiction du pétrole.

Forcément certains n’ont pas les bonnes informations, c’est pourquoi la spéculation va de bon train entre la manipulation et l’alerte.

Le mois dernier, on a vu un Parti politique taxé de bénéficier de ressources externes pour les enjeux des ressources pétrolières ? En tant analyste des relations internationales comment expliquez cela ?

L’avènement d’un nouveau Sénégal qui regorge de ressources pétrolières et gazières avec son statut de pays pauvre est une aubaine pour ceux qui voudraient illégalement mettre la main sur ces ressources.

C’est une occasion offerte pour se rapprocher de certains Partis politiques afin de les financer en contrepartie de plusieurs privilèges une fois au pouvoir.

Mais ces financements occultes ne se limitent pas seulement aux formations politiques mais c’est aussi un moyen de blanchiment d’argent. Qui plus est, les narcotrafiquants en profitent aussi pour s’implanter davantage afin de développer des corridors pour leurs activités de drogues, de stupéfiants voire même de trafic d’organes.

Il faudrait pour nos autorités de veiller et de prendre au sérieux cette réalité. Tous les pays voisins ont connu des moments d’instabilité et avec la position géographique très stratégique du Sénégal, nous risquons de vivre réellement ces menaces. En tout état de cause la question du financement des partis doit davantage susciter le débat entre les acteurs politiques pour que des résolutions puissent être trouvées afin de ne pas faciliter l’entrée frauduleuse de fonds occultes et illicites au profit de certains leaders.

Concernant la question relative à la covid, on a entendu récemment par le Chef de l’Etat, que le Sénégal tend vers une volonté de fabriquer son propre vaccin d’ici 2022.  Quel impact cela aura -t’il du point de vue de leadership au niveau externe ?

Le leadership du Sénégal dans le domaine n’est plus à démontrer. Nous avons l’une des meilleures facultés de médecine en Afrique de l’ouest et nos scientifiques sont très sollicités à l’échelle mondiale. Les résultats positifs de la gestion de la Covid par l’Etat et nos braves médecins ont fini par déboucher sur des satisfécits de tout bord.

L’ambition du Sénégal de fabriquer le vaccin en 2022 ne doit pas émouvoir les sénégalais. Oui avec le contexte actuel de la guéguerre entre les multinationales pharmaceutiques et l’absence de l’Afrique mais le Sénégal a une fois prouvé sa capacité de se doter de vaccin. À titre illustratif, il fait partie des pays qui ont découvert le vaccin sur la fièvre jaune. Ils ont l’expertise avérée, le savoir-faire reconnu et sont dotés d’infrastructures de recherches. On doit être optimiste et encourager l’État à mettre les moyens.

SUNUBUZZ !