comment les joueurs pros vivent le confinement

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Depuis une dizaine de jours maintenant, la planète football est à l’arrêt et par conséquent ses acteurs aussi. Les footballeurs professionnels du monde entier étaient pour bon nombre d’entre eux en pleine saison et donc en pleine possession de leurs moyens physiques à la vue des différentes échéances qui allaient s’offrir à eux d’ici fin juin. Ils se retrouvent stoppés net en plein vol. Une situation inédite qui a pris de court les joueurs, mais aussi et surtout les clubs qui ont dû adapter à la hâte des programmes physiques pour permettre à leurs joueurs de garder la forme. Au délà de l’aspect physique, comment vivent-ils le confinement et leur inactivité ? D’Ajaccio, à Southampton, en passant par Rennes, Leganès ou Lugo, nous avons demandé à des joueurs comment ils géraient cette situation au quotidien.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que quelque soit l’endroit, le quotidien est souvent le même comme nous l’explique par exemple, Gaëtan Courtet, attaquant de l’AC Ajaccio. « Le quotidien c’est simple, c’est rester à la maison le plus possible, bouger le moins possible. Faire son sport individuellement, essayer d’aller courir pas trop loin où il n’y a pas de monde, mais ce n’est vraiment pas évident. » Comme pour la quasi-totalité des citoyens de l’Union européenne, les joueurs ont bien compris l’importance de rester confiné comme l’indique notamment Ibrahim Amadou, l’ancien joueur du LOSC, qui évolue aujourd’hui à Léganès en Espagne. « On est cloîtré dans nos maisons et on ne peut pas sortir. J’ai l’impression limite que c’est comme si on était dans un film ou une série télévisée, sauf que c’est la réalité. C’est inquiétant. On sait aussi que ce virus ne va pas forcément tuer tout le monde. Mais on sait que pour éviter qu’il se propage, il faut rester à la maison et patienter. Moi, je suis quelqu’un d’un peu casanier à la base. Le fait de rester à la maison, j’y suis un peu habitué. En fait, ce qui manque surtout c’est de pouvoir sortir afin d’aller au restaurant ou aller m’entraîner avec mes coéquipiers. Ce n’est pas une période facile. Moi, j’essaye de m’occuper, même s’il n’y a plus les matches de foot à la télé. Donc j’essaye de m’occuper en allant dans un petit parc à côté de chez moi où je peux aller courir un peu tous les jours. Je regarde aussi des séries. Le fait d’être à la maison, ça donne aussi envie de manger (rires). Donc je fais attention. »

Maintenir sa condition physique tout en prenant soin de sa famille

S’occuper, c’est le maître mot de tout un chacun dans cette situation jamais vue. « Il n’y a pas grand-chose à faire, je passe du temps sur Netflix, je m’occupe un peu de la maison. J’en profite pour m’occuper de mes enfants. Je me préoccupe que toute ma petite famille aille bien et je prends des nouvelles de tout le monde, notamment ceux que j’ai perdus de vue et que je n’ai pas le temps de contacter en temps normal quand on doit gérer les entraînements, les déplacements, les matches etc… », nous confie, Riffi Mandanda, le frère de Steve qui évolue à Rennes. La famille, c’est un thème qui revient souvent dans la bouche des joueurs en ces temps de confinement à l’instar de Mathieu Peybernes, le défenseur de 29 ans passé par Lorient, Bastia et Sochaux et qui évolue à Lugo en deuxième division espagnole. « Eh bien je suis à la maison ! C’est compliqué. Ça fait plus longtemps pour nous en Espagne, aujourd’hui c’est le 6e jour de confinement. Ça commence à faire. Mais ce n’est que le début. Moi j’ai deux enfants, la tâche est plus compliquée. On essaie de vivre dans la normalité. On a un petit jardin, donc les après-midi on les passe dehors, on joue au foot. Ça permet de partager des moments avec la famille. Après 3 jours on se dit que ça va passer vite. Mais au bout d’un moment les minutes sont longues. Les 2-3 premiers jours ça va, on se repose un peu, on fait des choses qu’on n’a pas l’habitude de faire en famille. Après on tourne un peu en rond. On s’adapte au rythme des enfants. »

Qui dit joueur de foot professionnel, dit préparation et condition physique de haut niveau. Et difficile de la conserver en ces temps de confinement même si les staffs tentent de s’organiser à distance. Des programmes individuels sont proposés aux joueurs dans tous les clubs et les moyens mis à disposition diffèrent selon les équipes et les pays. En Angleterre par exemple, les clubs de Premier League mettent les moyens pour aider les joueurs à maintenir les conditions physiques des joueurs. Des montres connectées et des vélos sont mis à disposition des joueurs comme à Southampton notamment, comme nous l’explique le jeune et prometteur défenseur français Yan Valery. « Pour l’instant, on doit garder notre fitness. On s’était entraîné ensemble encore lundi mais là depuis que le premier ministre a parlé on est confiné chez nous. En Angleterre, par rapport à la France, on est encore au premier stade. On nous dit de rester chez nous mais ce n’est pas encore aussi poussé qu’en France, il reste encore des choses ouvertes en Angleterre et on peut encore un peu sortir. Ce que le club nous a dit depuis hier soir (jeudi soir), c’est qu’on doit rester chez nous au moins pour trois semaines, ils nous ont donné un vélo d’appartement et une montre connectée. On a un programme physique pour faire de la musculation et du renforcement musculaire chez soi. De quoi rester en forme et de voir ce qu’on fait au quotidien. »

Playstation, What’s app, Netflix…

À Lugo aussi, Mathieu Peybernes bénéficie d’un programme détaillé et un vélo d’appartement. « Le club nous a envoyé des programmes, nous a mis à disposition un vélo, j’ai quelques machines à la maison aussi. On a un programme de 15 jours, qui va être rallongé. On essaie de se maintenir en forme même si on n’a pas la charge de travail habituelle, au cas où le championnat reprendrait. Ça paraît compliqué quand même. Le sport, c’est une échappatoire, on essaie de tous les jours en faire plus. C’est un peu tous les jours la même chose. Il faut se donner des objectifs. On transpire, on s’aère l’esprit. Des exercices de gainage, de musculation à la maison… » À Ajaccio en Ligue 2, il n’y a pas de vélo, mais un programme bien détaillé avec la marche à suivre comme l’indique Gaëtan Courtet. « On a eu un programme bien détaillé avec un programme course, un programme renforcement, un truc complet pour qu’on garde la forme la meilleure possible même si on ne peut pas s’entraîner ensemble. Ce n’est pas un entraînement maison, c’est un peu plus poussé, enfin optimisé au mieux. Comme ça si on doit reprendre si c’est le cas, on n’a pas trop perdu physiquement. »

Le maintien physique, les joueurs ne pensent forcément qu’à ça tant leur corps est leur outil de travail principal. « Je continue à garder la forme en allant courir le matin. On a un programme qui a été donné par le Stade Rennais où il y a un petit programme à suivre tous les jours. Je fais 45 minutes dehors et je rentre faire mon renforcement musculaire en terrasse. » La situation va donc durer et mettre à mal le moral de joueurs suspendus à l’évolution du virus et aussi aux décisions à venir des différentes fédérations et des responsables des principaux championnats. D’ici là, la vie va continuer. De parties de Playstation, aux contacts permanent avec le staff médical et physique de leur club ou passant par les discussions de groupe What’s app avec leurs coéquipiers sont un bon moyen de garder le fil avec ses coéquipiers comme l’explique Peybernes. « Avec les coéquipiers, on essaie de se divertir un peu sur notre groupe de discussion. On se demande tous les jours si quelqu’un a le coronavirus parmi nous. Alors on essaie de savoir qui fait quoi, dans l’éventualité d’une reprise. Les capitaines disent « allez les gars, faut y aller », ils essaient de motiver les troupes. »

La reprise, bien évidemment une finalité que tous espèrent à commencer par le portier du Stade Rennais Riffi Mandanda. « Tous les championnats se sont arrêtés et cela serait triste que tout s’arrête maintenant. Il y a quand même des joueurs et des clubs qui ont fait des efforts durant toute la saison. Ça serait injuste aussi pour les clubs qui ont encore un enjeu. Que ce soit pour le maintien, pour la montée ou pour la qualification en Ligue des Champions comme nous aussi. C’est compliqué d’arrêter le championnat à 10 journées de la fin. En un mois et demi, c’est possible de plier le championnat en faisant des matches tous les 3 jours. Moi je suis pour continuer, quitte à décaler la reprise du championnat. » Un sentiment sans doute partagé par tous les joueurs au chômage forcé qui salivent déjà à l’idée de retrouver les vestiaires et les pelouses d’entraînement…

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