De nouveaux éléments viennent alimenter les accusations d’utilisation d’armes chimiques dans le conflit soudanais. Selon des informations rapportées par Senegal7, des enregistrements, des témoignages recueillis sur le terrain et le cas troublant d’un soldat de l’armée soudanaise pourraient constituer de nouveaux indices sur un recours présumé à des substances toxiques dans plusieurs zones de Khartoum.
Jour après jour, les accusations visant l’armée soudanaise concernant l’utilisation présumée d’armes chimiques prennent de l’ampleur. Cette fois, les éléments avancés proviennent notamment de sources présentées comme proches du camp militaire lui-même. L’affaire concerne des bombardements qui auraient eu lieu dans plusieurs secteurs de Khartoum avant la reprise de ces zones par les forces placées sous le commandement du général Abdel Fattah al-Burhan et leurs alliés.
D’après les informations relayées par Senegal7, l’Observatoire national soudanais des droits de l’homme affirme avoir recueilli des enregistrements et des témoignages faisant état de graves soupçons concernant l’utilisation de substances chimiques lors d’opérations militaires. L’organisation s’appuie notamment sur le cas d’un soldat de l’armée soudanaise qui aurait développé une maladie décrite comme inhabituelle après avoir été exposé à des conditions particulières sur le théâtre des combats.
Selon l’Observatoire, cette affection pourrait être liée à une exposition à des substances toxiques lors de bombardements menés dans les zones de Bahri Al-Kadrou, au nord de Khartoum, ainsi que dans le quartier d’Al-Arda, à Omdurman, pendant les affrontements opposant l’armée soudanaise aux Forces de soutien rapide (FSR).
Des témoignages et des images examinés
Toujours selon les éléments rapportés par Senegal7, des vidéos qui circulent montreraient une dégradation rapide de l’état de santé du militaire concerné. Des habitants des secteurs touchés auraient également fait état d’odeurs particulièrement âcres après les bombardements et d’un changement inhabituel de la couleur du sol sur certains sites visés.
Ces témoignages, à eux seuls, ne permettent toutefois pas d’établir de manière indépendante la nature des substances utilisées ni leur origine. Ils sont néanmoins présentés par l’Observatoire soudanais des droits de l’homme comme des éléments susceptibles de renforcer les soupçons autour de l’utilisation de munitions contenant du chlore ou d’autres agents chimiques.
La question devra donc être soumise à des analyses scientifiques et à une enquête indépendante permettant notamment d’identifier les substances éventuellement présentes dans l’air, l’eau ou les sols et de déterminer leur origine.
Les zones citées ne sont pas étrangères aux combats les plus intenses de la guerre soudanaise. Des données du projet Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED) montrent qu’Omdurman, notamment le secteur d’Al-Arda, a été au cœur des affrontements entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les FSR. En février 2024, l’armée avait notamment repris plusieurs positions à Omdurman et poursuivi son offensive contre les forces paramilitaires.
Une accusation qui n’est pas nouvelle
Ces nouvelles allégations interviennent dans un contexte où l’armée soudanaise est déjà confrontée à de graves accusations concernant l’utilisation d’armes interdites.
Senegal7 avait déjà rapporté, en septembre 2025, que l’Alliance soudanaise pour les droits (SAR) avait déposé plusieurs plaintes internationales contre des responsables militaires soudanais, dont le général Abdel Fattah al-Burhan, les accusant notamment de recourir aux armes chimiques. L’organisation avait alors demandé l’élargissement des enquêtes de la Cour pénale internationale aux faits présumés d’utilisation d’armes chimiques.
Dans cette même affaire, rapportée par Senegal7, la coalition avait également saisi la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples et demandé à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) d’examiner les accusations.
Les accusations avaient pris une dimension internationale en mai 2025, lorsque les États-Unis avaient annoncé des sanctions contre le Soudan après avoir conclu que le gouvernement soudanais avait utilisé des armes chimiques en 2024. Selon les informations déjà publiées par Senegal7, Washington avait alors évoqué des restrictions concernant certaines exportations, les licences d’armes et les crédits accordés au gouvernement soudanais.
Des traces préoccupantes dans l’environnement
Les nouveaux éléments doivent également être replacés dans le contexte de précédentes alertes concernant les conséquences environnementales attribuées à l’utilisation présumée de substances chimiques.
En mai 2026, l’Observatoire national soudanais des droits de l’homme avait déjà publié des images faisant état de conséquences environnementales présentées comme liées à des armes chimiques, notamment une pollution de l’eau, un changement de couleur de l’eau et une mortalité massive de poissons. Ces éléments avaient été rapportés par le média soudanais Rhino News.
L’Observatoire avait alors appelé les organisations internationales, les organismes environnementaux et les agences humanitaires à intervenir pour examiner et décontaminer les sols et les ressources hydriques potentiellement affectés.
Ces différentes alertes ne constituent cependant pas, en elles-mêmes, une démonstration indépendante de l’utilisation d’armes chimiques. Leur valeur probante dépendra d’analyses scientifiques, d’enquêtes de terrain et, surtout, de l’établissement d’un lien entre les substances éventuellement découvertes et les opérations militaires concernées.
« Il n’y a pas de mains propres au Soudan »
Sur le plan international, les accusations suscitent également de nouvelles réactions. Le sénateur nigérian Ned Nkoko, commentant les informations relatives à l’utilisation présumée d’armes chimiques au Soudan dans une publication sur X, a dénoncé une situation qu’il juge particulièrement grave.
« L’utilisation d’armes chimiques en 2026 est inimaginable. Ces atrocités au Soudan doivent cesser immédiatement. La communauté internationale doit agir et imposer des sanctions aux deux parties. Il est clair qu’il n’y a pas de mains propres au Soudan », a-t-il déclaré, selon les propos rapportés dans le texte.
Cette réaction traduit la pression croissante exercée sur la communauté internationale alors que la guerre entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide se poursuit.
Pour Senegal7, qui avait déjà documenté les précédentes accusations visant la hiérarchie militaire soudanaise, la question des armes chimiques constitue désormais l’un des dossiers les plus sensibles du conflit. Si les nouveaux éléments avancés par l’Observatoire national soudanais des droits de l’homme étaient confirmés par des investigations indépendantes, ils pourraient ouvrir la voie à de nouvelles procédures et renforcer les pressions internationales sur les responsables présumés.
