Comment les Émirats arabes unis ont contenu le choc pétrolier de la crise d’Ormuz

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La capacité des Émirats arabes unis à maintenir leurs exportations pétrolières pendant la crise du détroit d’Ormuz a permis de limiter les perturbations de l’approvisionnement mondial. Malgré l’aggravation des risques sécuritaires autour de cette voie maritime stratégique, Abou Dhabi est parvenu à acheminer d’importants volumes de brut vers les marchés asiatiques.

Selon une analyse de Bloomberg relayée par SeneNews, les Émirats ont, au cours des deux derniers mois, transporté via Ormuz davantage de pétrole que tout autre pays producteur — une performance qui a contribué à éviter une pénurie plus sévère sur le marché mondial. La compagnie nationale ADNOC a écoulé plus de 130 millions de barils de brut depuis début juin, à travers sept appels d’offres, l’essentiel des volumes étant destiné à l’Asie, en premier lieu le Japon et la Chine, suivis de l’Inde et de la Corée du Sud. À eux seuls, ces volumes commercialisés depuis juin représentent plus d’un mois de consommation japonaise de brut, ce qui donne la mesure du poids des exportations émiraties dans ce contexte de tensions sur l’approvisionnement.

L’enjeu ne se limite pas à la quantité de barils exportés. Le brut du Golfe, notamment celui à forte teneur en soufre, entre dans le fonctionnement de nombreuses raffineries asiatiques, qui ne peuvent pas toujours le substituer rapidement par un autre type de pétrole sans surcoûts ni ajustements techniques. Selon des propos rapportés par Bloomberg, l’analyste John Goh, de Sparta Commodities SA, estime que les cargaisons d’ADNOC ont contribué à stabiliser les approvisionnements vers l’Asie — une continuité dont l’importance dépasse largement le simple poids des Émirats dans la production pétrolière mondiale. Dans une crise majeure autour du détroit, la disparition de ces volumes aurait accentué la pression sur les raffineries, les stocks et les prix.

Selon les données de Vortexa, les Émirats sont le seul producteur du Moyen-Orient à avoir ramené, en juin et juillet, leurs exportations maritimes de pétrole à des niveaux comparables à ceux d’avant la guerre. ADNOC s’est appuyée sur une stratégie logistique flexible, combinant itinéraires maritimes alternatifs, location de pétroliers et recours aux infrastructures nationales, pour acheminer une partie de son brut sans emprunter le détroit d’Ormuz. Les données de Kpler confirment que des navires transportant du brut émirati ont continué à atteindre des destinations hors du Golfe, malgré les restrictions et les risques sécuritaires. Parallèlement, Abou Dhabi a maintenu ses exportations de gaz naturel liquéfié, élargissant ainsi sa stratégie de résilience au-delà du seul marché pétrolier.

Cette stratégie a permis au marché d’absorber une partie du choc : malgré l’escalade militaire, les scénarios les plus pessimistes — pénurie majeure et flambée des prix — ne se sont pas encore matérialisés. L’enjeu concerne autant les économies asiatiques qu’européennes, une forte hausse des prix de l’énergie pouvant rapidement alimenter l’inflation et renchérir les coûts de production, de transport et d’activité industrielle.

La crise d’Ormuz met ainsi en lumière une réalité plus large : la stabilité du marché pétrolier mondial dépend autant de la résilience des chaînes d’approvisionnement que des capacités de production elles-mêmes. À ce titre, les investissements émiratis dans les oléoducs, les ports et les infrastructures logistiques ont permis de maintenir une partie des flux d’exportation malgré les tensions, limitant d’autant l’ampleur du choc sur les marchés mondiaux.

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