Mamoudou Ibra Kane : “Macky Sall joue son va-tout dans…” (Audio)

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Le Président Macky Sall renoue avec le contact. Le terrain, sans jeu de mots, est son terrain favori. Pour celui qui se prévaut, et qui le rappelle à l’occasion à ses adversaires, d’avoir fait plusieurs fois le tour du pays profond et visité des milliers de villages et hameaux – le Sénégal en compte 13 544 – il était temps ! Il y a surtout urgence ! « Tournées économiques » : la nouvelle trouvaille. Il fallait mettre du contenu dans le contenant.

“Chausser les bottes là où il le faut”

En décidant de se rendre à la fois à Keur Massar, épicentre des inondations et dans les régions du centre : Fatick, Kaffrine et Kaolack, donc le bassin arachidier, le chef de l’Etat a, apparemment, le désir de délivrer un message : la pluie ne rime pas qu’avec inondation. Elle est aussi porteuse d’espoir et de bonheur pour les paysans. Chausser les bottes là où il le faut. Enfiler la saharienne assortie au chapeau de paille quand il le faut. Si Keur Massar a besoin d’un « Plan spécial d’assainissement », le bassin arachidier n’en mérite pas moins toutes les attentions.

Il est vrai que si aux ravages du Covid-19 et au sinistre causé par les inondations devrait s’ajouter une crise alimentaire majeure, ce serait la catastrophe économique et sociale assurée. Le dérèglement climatique dont on parle et qui est loin d’être une vue de l’esprit, n’est pas qu’un phénomène citadin. Il impacte aussi le monde rural. Impacts positifs comme l’allongement de la période de végétation pouvant favoriser la production agricole et cerise sur l’épi : de bons rendements. Impacts négatifs aussi, telle que la sécheresse. Maîtres-mots : anticipation et adaptation.

“La récession est là et il faut y faire face.”

Pour une agriculture sénégalaise, fortement dépendante de la météo, savoir saisir les opportunités du changement climatique tout en en atténuant les effets pervers, relève d’une question vitale. Cela est d’autant plus vrai que le gouvernement actuel mise sur de bonnes récoltes pour amortir le choc d’une chute vertigineuse du taux de croissance économique. La récession est là et il faut y faire face. La sortie récente du ministre de l’Economie et du Plan prouve à suffisance que le conseil des ministres du mercredi a le regard constamment tourné vers le ciel : « Tout espoir de reprise n’est pas perdu (…) Avec l’hivernage qu’on a cette année, les productions vont augmenter. Il y a de fortes chances de revoir cette hypothèse de moins 0,7% augmenter lorsque nous aurons toutes les données statistiques agricoles. »

Voilà qui est dit ! Pressé par les inondations qui ne sont pas la moindre des préoccupations, le président Macky Sall joue son va-tout dans l’agriculture. S’occuper de l’une sans oublier l’autre en jouant sur les tableaux. C’est la compréhension qu’il faut avoir de sa trouvaille des tournées économiques dont la première étape est consacrée ce week-end au Sine-Saloum. Mais une tournée économique n’est jamais dépouillée de visées politiques. La règle qui était valable pour ses prédécesseurs l’est pour l’actuel locataire du palais présidentiel.

La météo du climat ne se dissocie pas de la météo politique. Les prochaines élections locales se dessinent à l’horizon bien que le brouillard persiste sur sa date d’organisation. Plus que par le passé, les batailles futures se gagneront dans les eaux avec leurs bienfaits et méfaits. L’érection en Département de la cité sinistrée de Keur annoncée par le président de la République est bien partie pour faire débat. Après tout la politique reste un jeu de séduction. Tout un arsenal.

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