Le concept de puissance à la lumiére du nouveau parlement sénégalais (Par Mouhamadou Lamine Bara LO)

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J. F MORIN, se référant à ARON, dit du concept de puissance « qu’Il ne s’agit pas de la possession d’une ressource, ni du contrôle d’une structure particulière, mais de la mobilisation des ressources compte tenu d’une structure.

Les ressources et le contexte sont des éléments indispensables de la puissance, mais ils ne sont pas suffisants pour la constituer en eux-mêmes. »

Au regard de la nouvelle configuration de l’assemblée nationale du Sénégal (82 Vs 80; 3 flottants), les 3 députés « flottants » sont une ressource décisive dans un contexte bien particulier. Ils sont relativement puissants.

Cependant, il est possible que cette puissance soit relativisée par le cadrage que l’inter-coalition YEWWI-WALLU fera finalement des résultats sortis des urnes.

Si YEWWI-WALLU veut mettre la main sur le bureau de l’Assemblée et contraindre l’exécutif, la puissance des 3 députés s’en trouvera renforcée.

Par contre, si l’inter-coalition cadre sa victoire sur le suffrage brut qui indique clairement un rejet du régime en place et entend continuer le combat pour l’alternance de 2024 en dehors du parlement et aux côtés des populations, la puissance relative des 3 députés s’en trouvera réduite. L’option permettrait également de relativiser la portée de potentiels « défecteurs » de leurs propres rangs.

Et, dans cette dernière option, un autre type de ressource qualifiée d’idéationnelle par MORGENTHAU pourrait secourir l’inter-coalition au sein de l’Assemblée.

En effet, le rejet de la transhumance, acté par la defaite de transhumants pourtant victorieux aux élections locales, pourrait pousser le trio à se ranger du côté des positions de YEWWI-WALLU surtout que l’élection présidentielle est prévue dans moins de deux ans et qu’il serait politiquement plus intelligent de toiletter leur image.

Aussi, cette relativité de la puissance s’applique à bon nombre des 82 députés de BBY qui serait tenté d’avoir un vote au cas par cas ou de se positionner comme « Député du peuple » en vue de la prochaine alternance. Alternance qui imposerait une nouvelle élection législative.

Pour autant, la mainmise de l’inter-coalition sur le bureau de l’Assemblée est un objectif stratégique qui, par réalisme, impose discussions et concessions avec le trio flottant et certaines figures de BBY.

Enfin, le choix de la neutralité ou de l’abstention serait politiquement suicidaire pour le trio dans ce contexte qui mettra longuement en saillance leurs positions à l’Assemblée. Machiavel écrivit, il y’a longtemps, à ce propos:

« Rien n’est plus impropre à vos affaires que ce que ceux-là vous disent, de ne pas vous interposer dans la guerre. Sans grâce, sans dignité, vous serez la récompense des vainqueurs.

Et il arrivera toujours que celui qui n’est pas ton ami exigera de toi la neutralité, et celui qui t’es ami requerra de toi qu’armé, tu te découvres. »

Mouhamadou Lamine Bara LO
•Consultant en Relations-Publics & Communication politique (TULLIUS AFRICA SAS)
•Chercheur en politique étrangère, défense et sécurité