Faneva (Madagascar, 1/4 de finaliste à la CAN) : « On dormait dans un hangar »

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(05 Photos) Faneva (Madagascar, huitième de finaliste à la CAN) : « On dormait dans un hangar » notre groupe est composé de catholiques, de musulmans, Avant chaque match, on se réunit en cercle pour une prièreBy Amadou on juillet 11, 2019 Enregistrer

« On voulait avoir le minimum, un petit hôtel correct, une bonne bouffe et un minimum d’équipements. J’ai connu le temps où on dormait dans un hangar avec des lits superposés. Et on a fait un nul avec le Sénégal ce jour-là (2-2, 13.11.2015). …On n’avait pas de maillots d’entrainement, ce qui n’est pas grave. Mais le jour du match, ils étaient différents! Après notre victoire, j’ai appelé la Fédé: On ne peut pas jouer avec des maillots ou des shorts différents, des chaussettes trouées ! J’ai eu l’idée de vendre des maillots pour récolter des fonds. J’ai trouvé un magasin en Autriche qui les fait pour 29 euros la pièce(…) J’en ai vendu 1 000 en France à 40 euros, donc on a récupéré plus de 10 000 euros. Et grâce à ça… j’ai pu acheter survêtements, chaussettes, maillots, sacs à dos… »J’avais même pensé organiser un concert à Paris. Et maintenant on ressemble à quelque chose (il montre fièrement les photos sur son portable) même si j’ai encore payé 5 000 euros »

Le capitaine a tout connu avec la sélection. Il s’est investi humainement et financièrement pour aider son pays à arriver à ce niveau.

Pour sa toute première participation à une compétition internationale, Madagascar, 107e nation mondiale au classement Fifa, a déjoué les pronostics les plus audacieux en se hissant jusqu’en quarts de finale de l’actuelle Coupe d’Afrique des nations. Comment ont-ils fait pour en arriver là ?

Imaginez un instant un habitant de Madagascar, âgé d’au moins une trentaine d’années, qui sortirait aujourd’hui d’un coma de deux ans. Il entendrait alors, comme première parole : « On est en quarts de finale de la CAN ! » Et sans doute y aurait-il de quoi se croire dans une dimension parallèle, voire s’évanouir de nouveau… C’est pourtant la stricte réalité : pour sa toute première participation à une compétition internationale, déjà considérée en soi comme un exploit, la 107e nation au classement Fifa affrontera ce jeudi (21h) la Tunisie en quarts de finale de la Coupe d’Afrique des nations !

Un sélectionneur-architecte

Et à l’origine de ce rêve éveillé, il y a un Français, lui aussi totalement novice à l’échelle internationale : Nicolas Dupuis, qui a pris ses fonctions de sélectionneur en mars 2017, soit au départ de la campagne de qualification pour la CAN actuelle, fonctions qu’il cumule par ailleurs avec celles d’entraîneur du FC Fleury 91, qu’il est parvenu à maintenir en National 2 (4e division) cette saison. « C’est juste une question d’organisation », disait-il à So Foot, début mai, concernant cette double-casquette, précisant tout de même : « Madagascar reste prioritaire. »

Avant chaque match, on se réunit en cercle pour une prière universelle, sachant que notre groupe est composé de catholiques, de musulmans… C’est chacun son tour, et juste quelques mots.Faneva Andriatsima, capitaine de l’équipe de Madagascar
C’est en se rendant sur la Grande Île une fois par mois que, ces deux dernières années, le technicien a donné corps à l’impensable. « Quand j’ai été nommé, j’ai dit qu’il fallait que la sélection joue des matchs amicaux, qu’elle fasse des stages, explique-t-il. Ce n’est pas en disputant trois ou quatre rencontres par an qu’on avance. Le président de la Fédération malgache m’a fait confiance. Depuis, on utilise toutes les dates Fifa pour jouer des amicaux. J’ai aussi fait adhérer les joueurs au projet. Il y a pas mal de binationaux que j’ai appelés et qui ont accepté de participer à l’aventure. Ils sont investis à fond, ils y croient ! Ils sont réceptifs à mon discours. On vit quelque chose de fort ! » Le coach a, du reste, aligné exactement le même onze de départ depuis le début de la compétition. Ce qui aide à créer des automatismes.

Un savant amalgame

Pour constituer son groupe, Nicolas Dupuis est parvenu à convaincre plusieurs joueurs indécis d’origine malgache, tels que Romain Métanire (Reims), Thomas Fontaine (Clermont Foot), Marco Ilaimaharitra (Charleroi), Jérôme Mombris et Fabien Boyer (Grenoble), ou Dimitri Calouin (Les Herbiers), de prendre part à l’aventure. Tant et si bien qu’à l’automne 2018, Jérémie Morel, défenseur de l’OL, a, de lui-même, proposé ses services. Tout ce petit monde cohabite à présent avec de nombreux joueurs nés à Madagascar, mais évoluant tous dans des clubs étrangers. Et c’est peu dire que l’alchimie opère.

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